Se lancer dans la photo quand tu es modèle.
Tu n'as pas besoin d'une agence, de 200 abonnés à 100 K, ni de 800 € pour commencer.

Petit disclaimer avant de commencer : ce que je raconte ici s’adresse aux modèles photo, pas aux mannequins d’agence. Ce ne sont pas les mêmes carrières et je vais te dire pourquoi. Si tu veux devenir mannequin d’agence (défilés, campagnes internationales, catalogues), c’est un autre univers avec ses propres codes, et je te renvoie plutôt vers Ascension Mannequin.
Ici, on parle de comment tu deviens modèle photo : celle ou celui qui pose pour construire un book, collabore avec des photographes, apparaît dans de la photo éditoriale, commerciale, artistique. Pour l’immense majorité des gens qui s’y mettent, c’est un loisir. Une passion qu’on pratique le week-end, à côté de ses études ou de son travail, et qui commence en cliquant sur envoyer.
Modèle photo vs mannequin d’agence : les différences réelles
Le mannequin d’agence
- Sélectionné·e par une agence sur critères physiques stricts (taille, mensurations, âge)
- L’agence te trouve des jobs, prend 20-30 % de commission
- Cibles : défilés, catalogues, campagnes marques
- Rythme : intense sur quelques années, souvent international
Le modèle photo (loisir)
- Personne ne te sélectionne. Pas de gatekeeper, tu décides toi-même de commencer.
- Critères beaucoup plus larges : ce qui compte, c’est la présence, l’expressivité, l’univers
- Cibles : shootings éditoriaux, projets de photographes, séries personnelles, workshops
- Rythme : le tien. On pratique quand on veut, sans quitter ses études ni son travail
- Ce que ça rapporte : des images, des rencontres, de l’aisance devant l’objectif. De l’argent, rarement, et ce n’est pas le but
Bonne nouvelle : les compétences ne sont pas si différentes. Un·e bon·ne modèle photo peut basculer vers l’agence si les mensurations collent. L’inverse est aussi vrai. On commence souvent par la photo en loisir pour se faire un book, avant de tenter les agences. Si c’est ce chemin-là qui t’intéresse, c’est le sujet d’Ascension Mannequin, pas de cet article.
Les 3 choses à faire avant même de poser
1. Regarder des heures de photo mode
Vogue, Numéro, i-D, Purple, The Cut. Et sur Instagram : @jamiehawkesworth, @collier_schorr, @cass_bird, @davidsimschapo. Pas pour copier. Pour comprendre ce qui fait qu’une photo est forte. Tu vas naturellement absorber les postures, les expressions, les rythmes.
2. Te tester devant un miroir. Vraiment.
Une heure par semaine. Tu essaies 20 expressions différentes du visage, 10 positions du corps. Tu te filmes en train de marcher, de te retourner. C’est ingrat, tu vas te trouver ridicule les 3 premières fois. Puis tu vas commencer à voir ce qui fonctionne sur toi.
3. Décider de ton univers
Pas ton « style ». Ton univers. Est-ce que tu es plus commercial & sourire (mariage, beauté, campagne), plus éditorial & mystérieux (magazine, art), plus alternatif & expressif (fashion week, marques indé) ? Tu peux en avoir plusieurs, mais tu dois pouvoir en parler.
Un·e modèle qui sait quel univers il/elle habite, c’est un·e modèle que les photographes savent où placer.
Johanne Perrin
Ton premier shooting sans dépenser 500 €
Non, tu n’as pas besoin d’un book pro à 800 € pour commencer. Voici comment faire ton premier vrai shooting pour zéro à cinquante euros.
Option 1 : le TFP (Time For Print)
Tu proposes ton temps, un·e photographe débutant·e propose son temps et ses images. Personne ne paye personne. Résultat : 15-30 photos exploitables. Où en trouver : Instagram (DM à des photographes qui commencent), Purpleport, sur les workshops (Workshop by Johanne inclus).
Le seul point de vigilance : mets-toi d’accord à l’avance sur ce que tu reçois et quand. Un TFP où les photos n’arrivent jamais n’est pas un échange.
Option 2 : le workshop
Une journée, 3-4 photographes, un lieu préparé, une direction artistique claire. Tu repars avec 20-40 photos issues de plusieurs angles créatifs. C’est ce qu’on propose sur Workshop by Johanne. Coût : à partir de 280 €, mais tu as l’équivalent de 4-5 séances TFP en une journée.
Option 3 : l’ami·e qui débute
Il y a toujours dans ton entourage quelqu’un qui vient d’acheter un appareil. Propose-lui un shoot. Pas besoin de studio, un mur blanc, une lumière de fenêtre, et l’application « Lightroom mobile » gratuite. Tu seras étonné·e du résultat.
Et si tu payais un photographe professionnel ?
Parfois, c’est la bonne décision, et je préfère te le dire franchement plutôt que de te vendre le gratuit comme une règle. Un professionnel sait construire un book, pas seulement faire de jolies photos : il éclaire, il dirige, il choisit, il retouche. Ce que tu obtiens en une séance avec lui peut te demander trois mois de TFP. Si tu vises les agences, ou si tu as besoin d’images irréprochables pour une candidature précise, paie et n’hésite pas.
La photographie est un métier
C’est le point sur lequel je ne transige pas. Quand un photographe facture une demi-journée, il ne facture pas le temps qu’il passe derrière l’appareil. Il facture son matériel, son assurance, ses heures de retouche, ses années à apprendre, et les journées sans client. Demander à un professionnel de travailler gratuitement « pour la visibilité », c’est exactement ce que tu ne veux pas qu’on te fasse à toi.
Alors on ne négocie pas un professionnel comme on négocie un TFP. Soit tu paies son tarif, soit tu vas chercher ailleurs, et il y a un ailleurs très honnête.
L’alternative gratuite : les écoles de photo
Les étudiants en école de photographie, École Condé, 3iS et les autres, ont exactement le même problème que toi : ils doivent constituer un book, et il leur faut des personnes devant l’objectif. Le matériel est là, le niveau monte vite, les projets sont encadrés par des professeurs, et l’échange est équilibré des deux côtés.
Contacte les comptes Instagram des promotions, ou écris directement à l’école en te présentant. C’est la meilleure porte d’entrée quand tu ne veux pas payer : tu ne demandes pas une faveur, tu proposes quelque chose dont ils ont besoin.
Construire un book en 3 mois quand tu n’as rien
Un book de modèle, ce sont 8 à 12 photos qui montrent :
- 1-2 portraits serrés (le regard, le grain)
- 1-2 full body debout, statique
- 2-3 full body en mouvement (marche, retournement)
- 1-2 éditoriaux avec mise en scène
- 1-2 photos naturelles, en extérieur, sans mise en scène
- Bonus : 1 test beauté (visage neutre, éclairage plat)
Sur 3 mois, en faisant 1 shoot par mois (workshop ou TFP), tu peux atteindre ce book. Ensuite, tu ne cours plus après les occasions : ce sont les photographes qui te proposent des projets.
Un book, ce n'est pas ton best-of. C'est ta polyvalence prouvée.
Et l’argent dans tout ça ?
La question revient toujours, et la réponse honnête est : la plupart du temps, il n’y en a pas, et ce n’est pas un problème. Poser en loisir, c’est échanger du temps contre des images. Personne ne paie personne, tout le monde repart avec quelque chose.
Le TFP, c’est l’économie normale de ce milieu
Toi tu donnes ton temps et ta présence, le ou la photographe donne son temps, son matériel et ses retouches. Vous vous partagez les images. C’est le fonctionnement par défaut des shootings entre passionnés, et il n’y a rien de dévalorisant là-dedans : un club de sport amateur ne paie pas ses joueurs non plus.
Si un jour on te propose de te payer
Ça arrive : une marque locale, un projet commercial, un usage publicitaire de tes images. À ce moment-là, deux choses changent.
D’abord, tu peux demander un tarif, et il faut le demander au bon niveau. Le plancher du métier se situe autour de 350 € la demi-journée, et c’est un plancher, pas un prix de débutant à rabais. Accepter 100 € parce qu’on débute ne te fait pas entrer dans le milieu, ça abîme le tarif de tout le monde, toi comprise dans deux ans.
Et ce montant ne couvre que ta présence. Les droits à l’image se facturent en plus, séparément, parce qu’ils ne mesurent pas la même chose : le temps de pose se compte en heures, les droits se comptent en usages. Une photo publiée sur le compte Instagram d’une marque locale, ce n’est pas une photo affichée en vitrine pendant un an, ni une campagne nationale. Avant de dire oui, demande toujours trois choses : où, combien de temps, et sur quels supports.
Ensuite, et c’est le point important : dès qu’on te paie, ce n’est plus du loisir. Une prestation rémunérée doit être facturée, ce qui suppose un statut, l’auto-entrepreneur étant le plus simple pour un cas isolé. Ne prends pas d’argent liquide sans facture en te disant que ce n’est pas grave, c’est du travail dissimulé et c’est toi qui portes le risque.
Si ces situations deviennent régulières et que tu veux en faire une activité, tu ne cherches plus à te lancer en loisir : tu cherches à te professionnaliser, et c’est un autre parcours.
Poser reste un plaisir tant que tu n'attends pas de ça qu'il paie ton loyer.
Le piège du « je le fais pour la visibilité »
Le vrai piège n’est pas de ne pas être payé·e, c’est de te faire promettre autre chose que de l’argent en échange de ton temps : une visibilité qui ne vient jamais, une campagne à venir qui n’existe pas, des photos qu’on ne t’envoie pas. Le TFP est un échange équilibré, et il se vérifie : tu dois recevoir tes images, dans un délai annoncé, et être créditée quand elles sont publiées. Si ce n’est pas le cas, l’échange n’en est pas un.
Récap en 6 étapes
- Regarder des heures de photo mode + se tester devant le miroir
- Décider de ton univers (commercial, éditorial, alternatif)
- Premier shoot en TFP, en workshop, ou avec un étudiant en école de photo
- Construire ton book en 3 mois (8-12 photos variées)
- Vérifier que chaque échange est équilibré : tu reçois tes images et tu es créditée
- Si un jour on te paie, ne pas descendre sous 350 € la demi-journée, facturer les droits à l’image à part, et facturer proprement avec un statut
Tu n’as besoin de l’autorisation de personne pour commencer.
Prêt·e pour ton premier workshop photo ?
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